Syrie : quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain ?

Le retrait annoncé des troupes américaines de la Syrie en guerre devrait avoir des répercussions sur l’évolution d’un conflit complexe, opposant une multitude d’acteurs internationaux et régionaux.

Le président français Emmanuel Macron a affirmé dimanche «regretter profondément » la décision américaine. Paris restant fermement engagé dans la coalition contre le djihadistes de Daech.

Voici les enjeux et conséquences prévisibles pour les principaux acteurs engagés dans cette guerre meurtrière.

  • La Turquie en première ligne contre l’EI… et les Kurdes

Le président Erdogan a lourdement pesé dans la décision de Trump de retirer les quelque 2 000 soldats américains déployés en Syrie. Il a convaincu le président américain qu’il a invité à visiter son pays l’an prochain que la Turquie était capable, seule, d’éliminer les poches restantes de l’EI après une série de défaites militaires que le groupe a subies. Une gageure que la Turquie devra relever, alors que le pays « n’a pas actuellement à sa disposition une force rebelle syrienne suffisamment grande ou expérimentée pour tenir l’Est de la Syrie. Et il lui faudra plusieurs mois, même avec l’aide des Etats-Unis, pour bâtir une telle force », selon Nicolas Heras, chercheur du Center for New American Security.

La décision américaine laisse le champ libre aux ambitions d’Erdogan, qui menace depuis la mi-décembre de lancer une nouvelle offensive contre la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG). L’organisation est classée groupe « terroriste » par Ankara, même si ses combattants ont été de précieux alliés de Washington dans la lutte antidjihadiste.

Déjà, l’armée turque a massé d’importants renforts à la frontière. Elle a dépêché des dizaines de chars et blindés dans le nord syrien, près de Minbej (également orthographiée Manbij). Selon des experts, cette ville pourrait être la cible d’une prochaine offensive, tout comme la localité de Tal Abyad, située à la frontière. La Turquie a mis en garde mardi la France pour son soutien à la milice des YPG.

  • Les Kurdes voient s’enfuir leurs rêves d’autonomie

Pour parer à une opération turque, les Kurdes pourraient négocier un retour du régime de Bachar al-Assad dans leurs territoires, estiment des experts. Cette minorité syrienne avait tiré profit du conflit pour instaurer une autonomie de facto dans ses régions du nord et du nord-est.

Mais « les chances de maintenir un sérieux degré d’autonomie se sont considérablement réduites », analyse le Center for Strategic and International Studies (CSIS).

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  • Damas, la Russie et l’Iran renforcés

Bachar al-Assad et ses principaux alliés, la Russie mais aussi l’Iran, vont profiter d’un possible éclatement des régions kurdes. « Il y aura un partage du territoire des FDS (Forces démocratiques syriennes) entre les Turcs et l’armée syrienne », avance l’expert Fabrice Balanche.

Selon lui, le pouvoir d’Assad pourrait récupérer la ville de Raqqa, l’ex « capitale » du groupe Etat islamique, mais aussi l’intégralité de la province de Deir Ezzor (est), mettant la main sur des champs pétroliers stratégiques.

Avec le retrait des forces américaines, l’Iran n’a plus guère d’obstacle pour établir un corridor terrestre lui permettant d’atteindre la Méditerranée à travers l’Irak, la Syrie et le Liban.

Moscou profite aussi du désengagement américain. Il vient consacrer le rôle incontournable de la Russie dans le conflit syrien, sur le plan militaire et diplomatique, qui a largement éclipsé celui de Washington.

  • Un second souffle pour le groupe Etat islamique ?

Les Kurdes des YPG constituent l’épine dorsale des FDS, alliance engagée dans la lutte contre le groupe Etat islamique au côté de la coalition internationale emmenée par Washington.

Par le passé, les FDS ont averti qu’un assaut turc affecterait les opérations contre les djihadistes, puisque les combattants seraient redéployés pour défendre leur région du nord. Responsables mais aussi experts craignent que Daech ne profite de ces circonstances pour retrouver un nouveau souffle.

  • Les rebelles et djihadistes d’Idleb menacés

Les groupes rebelles et djihadistes d’Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest syrien, où la Turquie est influente, pourraient voir leur fief menacé par les jeux d’alliances entre grandes puissances.

Selon Fabrice Balanche, la Russie laisserait la Turquie « écraser les YPG et en échange, l’armée syrienne pourra avancer à Idleb ». Les habitants du secteur seront obligés de se réinstaller dans les zones kurdes conquises par Ankara. Dans ces conditions, les rebelles restent tributaires de la Turquie pour leur survie. Certaines factions ont déjà annoncé leur participation à une éventuelle offensive contre les Kurdes.

  • Israël, le grand perdant

Israël est considéré par les experts comme l’un des grands perdants du désengagement américain, qui laisse encore plus le champs libre à l’Iran et ses partenaires pour développer leurs capacités militaires en Syrie.

Israël, qui avait jusque-là applaudi des deux mains la politique de l’administration Trump au Moyen-Orient, assure qu’il ne laissera pas la Syrie voisine devenir la tête de pont de Téhéran. Responsables israéliens et analystes rappellent que l’Etat hébreu gère seul le front syrien de longue date, et qu’il continuera d’en faire ainsi.

Mardi soir, un raid israélien a ainsi visé des entrepôts d’armes au sud-ouest et au sud de Damas, appartenant au Hezbollah ou aux forces iraniennes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

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