Un haut fonctionnaire du ministère de la Culture mis en examen pour agressions sexuelles

Christian N. est accusé d’avoir drogué plus de 200 jeunes femmes pour les voir s’uriner dessus entre 2009 et 2018, dans une enquête signée “Libération”.

“Je me suis retrouvée en sous-vêtements dans son bureau.” Cinq femmes témoignent sous couvert d’anonymat, dans un article de Libération publié ce vendredi, pour dénoncer les agissements d’un ancien haut fonctionnaire au ministère de la Culture, Christian N.  

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À l’époque DRH de la Rue de Valois, et ancien membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes entre 2013 et 2015, il est accusé d’un comportement hautement inapproprié : proposer un café ou un thé à des jeunes femmes venues passer un entretien et y glisser du diurétique pour les faire uriner sur la voie publique. Elles racontent qu’il les emmenait faire une visite du quartier très touristique des abords du ministère, situé à proximité du palais du Louvre, et les guidait volontairement vers des coins où elles ne pourraient pas trouver de toilettes pour se soulager.  

“J’avais tellement honte”

“Au bout d’un moment, l’envie est trop forte, je lui demande une pause technique. Je sentais mon ventre gonfler, j’étais au bord du malaise. Sous un pont, j’ai baissé mon pantalon et ma culotte, et j’ai uriné. Pendant ce temps, il tenait son manteau devant moi pour me cacher et regardait mon visage”, se souvient l’une d’elles dans les colonnes du quotidien.  

Une autre n’a pas le temps d’enlever son pantalon et s’urine dessus. Le haut fonctionnaire lui propose alors de revenir dans son bureau et de faire sécher ses vêtements. “Il ne m’a rien proposé pour me couvrir. J’ai attendu une vingtaine de minutes et puis j’ai récupéré mes vêtements et je suis partie. J’avais tellement honte que je n’ai osé en parler à personne”, raconte-t-elle. 

Plus de 200 victimes

D”après l’enquête de Libération, entre 2009 et 2018, plus de 200 femmes, qui se souviennent toutes plus ou moins des mêmes faits, auraient été victimes de ces agissements. Un chiffre découvert grâce à la liste laissée par le suspect lui-même sur son ordinateur. Dans un fichier Excel, Christian N. notait et détaillait toutes ces “expériences”, de manière très factuelle : “Elle commence à baisser collants et culotte (noire) […] Elle s’accroupit et lâche un jet très fort et très long”, écrit-il par exemple.  

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Contacté par le quotidien, il affirme qu’il aurait voulu qu’on l’arrête avant. “C’était compulsif, mais il n’y avait pas chez moi une volonté d’empoisonner ces femmes. Je ne pensais pas que le diurétique pouvait causer des problèmes médicaux”, explique-t-il. Certaines victimes ont en effet été prises en charge à l’hôpital, parfois pendant plusieurs jours, à cause des médicaments glissés dans leur boisson.  

Surnommé “le photographe”

Le comportement de Christian N. n’était pas une énigme au ministère. Si le déroulement précis de ses sorties n’était pas connu de tous, des jeunes femmes qui y ont travaillé rapportent qu’il était surnommé “le photographe” et traînait une réputation de “pervers”. Un pseudo dont il aurait hérité à force de prendre en photo les jambes des femmes sous son bureau.  

C’est d’ailleurs lorsqu’un de ses collaborateurs le surprend en train de photographier les jambes d’une sous-préfète que l’affaire éclate, en juin 2018.  

En octobre de la même année, Christian N. a été suspendu de la fonction publique, puis révoqué en janvier 2019, quand une enquête a été ouverte. Il est actuellement en examen pour “administration de substance nuisible, agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction, atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation d’image, violence par une personne chargée de mission de service public et infractions à la législation sur les médicaments”, précise encore Libération

Article source: https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/un-haut-fonctionnaire-du-ministere-de-la-culture-mis-en-examen-pour-agressions-sexuelles_2106170.html

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